La fin d’octobre est arrivée et, pendant que la plupart des gens ont la chasse aux fantômes en tête, PWL Capital se lance plutôt dans la chasse aux mythes financiers. Nous allons examiner quelques-unes de ces monstruosités et les enterrer pour de bon. Ce billet s’inspire de la vidéo YouTube de Ben Felix qui traite de ce thème en particulier et de l’épisode no 423 du balado Rational Reminder. Comme l’a souligné Dan Bortolotti, de PWL, dans cet épisode, les mythes partent souvent d’un fond de vérité qu’on étire jusqu’à en faire une règle absolue. Voici la liste :
Prenez quelques mini-chocolats que vous gardez en réserve pour le grand soir (ou ceux que vous cachez à vos enfants depuis l’an dernier), et déboulonnons quelques mythes. Ce billet, c’est un vrai bonbon.
Voici l’un des mythes financiers les plus tenaces et les plus répétés au Canada dans les années 2010, alors que les prix des maisons ne cessaient de grimper. À l’époque, les acheteurs passaient pour des génies; les locataires, un peu moins.
Ici, le fond de vérité, c’est que le loyer ne permet pas de bâtir d’avoir propre. Un paiement hypothécaire, lui, permet de poser les bases d’une assise financière solide. Mais être propriétaire entraîne des coûts irrécupérables considérables : impôt foncier, entretien et dépréciation, et coût du capital, ou coût de renonciation. Dans ce cas-ci, il s’agit des intérêts hypothécaires et du rendement que votre mise de fonds aurait pu générer si vous l’aviez laissée investie.
Additionnez-les, et le coût irrécupérable de la propriété équivaut à peu près au loyer. La règle du 5 % de Ben Felix permet de faire une vérification rapide : prenez environ 5 % de la valeur d’une maison, divisez par 12, et vous obtenez le loyer mensuel qui équivaut financièrement à en être propriétaire.
Il y a toutefois un hic. Comme le souligne Dan, la location n’est avantageuse que si vous investissez la différence. Si vous louez et dépensez la différence, les propriétaires s’en tirent généralement mieux, puisqu’un prêt hypothécaire est une forme d’épargne forcée. Ce mythe est sournois, et il ne restera sans doute pas enterré bien longtemps.
En résumé : si les locataires jettent leur argent par les fenêtres, les propriétaires le font eux aussi.
Chaque fois que l’inflation s’emballe, quelqu’un défait les bandelettes de ce mythe et l’arrache de son tombeau. Et le fond de vérité remonte à l’Antiquité : l’or a conservé sa valeur au fil des siècles. Selon une histoire populaire, la solde d’un centurion romain, mesurée en or, équivalait à peu près à celle d’un capitaine de l’armée américaine aujourd’hui.
Le problème : sur un horizon de 10 à 30 ans, soit celui de l’investisseur moyen, le cours de l’or fluctue beaucoup plus que l’inflation, tantôt loin au-dessus, tantôt loin en dessous. Autrement dit, l’or est une piètre couverture pour quiconque a une espérance de vie normale.
L’or est aussi un actif improductif : il ne verse pas de dividendes, ne génère pas de profits et ne croît pas. Son rendement réel attendu est donc proche de zéro. Quant à l’étalon-or, il a été de courte durée : sa version internationale a duré environ quatre décennies avant la Première Guerre mondiale, et le dernier lien officiel entre le dollar américain et l’or a pris fin en 1971.
En résumé : Personne n’investit sur 2 000 ans. Sauf peut-être le biohackeur Bryan Johnson.
Ce mythe omniprésent a l’air inoffensif, et c’est justement ce qui le rend dangereux. Ces placements en apparence sûrs vous aident peut-être à dormir la nuit, mais au fil des décennies, ils peuvent coûter cher.
Le fond de vérité : les obligations et les liquidités sont moins volatiles que les actions. Un jour de baisse, vous consultez vos placements, et les soldes bougent à peine. Cette stabilité rassure. Vous vous félicitez.
Mais la volatilité n’est qu’un type de risque. Imaginez le risque comme un ballon : pressez-le d’un côté, et l’air se déplace de l’autre. Misez massivement sur les obligations et les liquidités, et vous chassez le risque de marché… pour pousser l’air vers le risque d’inflation et le risque d’épuisement du capital, c’est-à-dire manquer d’argent avant la fin de votre retraite.
Les obligations et les liquidités peuvent jouer les héros. Mais aussi les méchants.
En résumé : Être « sans risque » dépend de ce contre quoi vous voulez vous protéger. Et si jamais Hollywood a besoin d’un film de 007 pour l’Halloween, nous avons le titre : Bond: Shortfall (oui, ça sonne mieux en anglais).
Qui est Frankenstein? Si vous avez répondu « le monstre », vous n’êtes pas seul, et vous avez tort. Dans le roman de Mary Shelley, Frankenstein est le savant; la créature n’a jamais de nom. Ce mythe est lui aussi une erreur d’identité.
Le fond de vérité est bien réel. Sur de longues périodes, les dividendes ont représenté une part importante du rendement total du marché boursier; on cite souvent des chiffres autour de 40 %. Les adeptes des dividendes s’en servent pour soutenir que ce sont les dividendes qui génèrent les rendements.
Mais c’est confondre la cause et l’effet. Un dividende sort des coffres de l’entreprise, si bien que le cours de son action baisse à peu près du montant versé. Une action de 100 $ qui verse 2 $ laisse à l’actionnaire une action de 98 $ et 2 $ en espèces. Toujours 100 $, avant impôt. Le rendement n’a pas augmenté; il est simplement passé du capital au revenu.
Ce qui génère vraiment les rendements, c’est l’entreprise elle-même : son évaluation, sa rentabilité, la prudence avec laquelle elle réinvestit. Les sociétés qui remettent des liquidités aux actionnaires par des rachats d’actions ressemblent beaucoup aux sociétés qui versent des dividendes sur ces plans, versent moins de dividendes… et ont fait mieux qu’elles. Dans un compte imposable, 1) les gains en capital sont souvent plus avantageux sur le plan fiscal et 2) les dividendes sont imposés, que vous ayez besoin de cet argent ou non.
En résumé : Une confusion classique. Les dividendes décrivent la façon dont le rendement est versé, et non ce qui le génère.
Ce mythe se présente déguisé. Arrachez-lui le masque du mot « moyen », et vous trouverez tout autre chose.
Le fond de vérité : les fonds indiciels détiennent l’ensemble du marché; on comprend donc pourquoi on qualifie leurs rendements de « moyens ». Ça donne l’impression de se contenter de peu, et ça pousse les investisseurs à croire qu’ils pourraient, et devraient, faire mieux.
Or, la moyenne s’avère une barre plutôt haute. La plupart des fonds gérés activement n’arrivent pas à la franchir, et ce, pour deux raisons :
Des rendements boursiers asymétriques. Une petite minorité d’actions génère presque tous les gains à long terme du marché. Un portefeuille concentré risque davantage de les rater que de les attraper; un fonds indiciel les détient toutes.
Les frais. Les fonds indiciels coûtent une fraction de ce que facturent la plupart des fonds actifs, et la différence est retranchée directement des rendements chaque année.
Les chiffres canadiens sont frappants. Sur les 10 années terminées à la fin de 2025, 98,8 % des fonds d’actions canadiennes gérés activement ont sous-performé l’indice composé S&P/TSX. Comme l’explique Dan dans le balado, un fonds indiciel n’est jamais le meilleur sur une année donnée. Il se classe simplement près du sommet, année après année, et sur 40 ans, ce n’est « certainement pas moyen ».
En résumé : Moyens? Pas tant que ça.
Ça semble aller de soi : le produit intérieur brut (PIB) augmente, alors les bénéfices des entreprises vont croître et entraîner le cours des actions dans leur sillage.
Pas si vite. La Bourse n’est pas l’économie. Le cours des actions reflète les attentes des investisseurs quant aux bénéfices futurs; quand une histoire de croissance fait les manchettes, elle est donc probablement déjà intégrée au prix. Historiquement, les pays dont l’économie a crû le plus rapidement ont eu tendance à offrir des rendements boursiers légèrement inférieurs.
En résumé : Une économie en croissance n’est pas nécessairement synonyme de rendements boursiers exceptionnels.
Tout le monde a la fièvre de la pleine lune. Quand les évaluations grimpent, les commentateurs se mettent à hurler qu’un krach est imminent.
Le fond de vérité : le ratio cours-bénéfice corrigé des variations cycliques de Shiller (CAPE), qui compare le cours des actions aux bénéfices des 10 dernières années ajustés en fonction de l’inflation, contient bel et bien de l’information utile. Des valeurs élevées ont généralement été suivies de rendements plus faibles. Et aux États-Unis, le CAPE n’a dépassé 40 qu’à l’époque de la bulle technologique et ces dernières années.
Le problème, c’est la certitude. L’histoire américaine offre très peu de périodes de CAPE élevé dont on peut tirer des leçons. Dans les autres marchés développés, des évaluations de départ élevées ont effectivement mené à des rendements plus faibles en moyenne, mais certaines périodes où le ratio avoisinait 40 ont tout de même été suivies de solides rendements.
En résumé : Les évaluations ne sont pas un indicateur utile pour anticiper le marché. Désolés, pas de balle en argent ici.
Le fond de vérité : Warren Buffett a battu le marché au cours de sa carrière d’investisseur professionnel, en grande partie grâce à des résultats exceptionnels en début de carrière. Des experts en placement aux gestionnaires de fonds professionnels, tout le monde invoque ses formules choc pour justifier la sélection de titres.
Mais les simples mortels fascinés par l’homme, le mythe, la légende passent à côté de la vraie magie : le temps. C’est un élément souvent négligé de son succès phénoménal. Comme le souligne Morgan Housel dans The Psychology of Money, Buffett a commencé à investir enfant et a continué jusqu’à la quatre-vingt-dizaine, et la majeure partie de sa fortune est arrivée après ses 65 ans. Par ailleurs, Buffett n’a pas fait mieux qu’un fonds indiciel d’actions américaines à faible coût pendant plus de 20 ans avant de quitter la direction de Berkshire Hathaway en janvier 2026.
Buffett lui-même conseille depuis des décennies aux investisseurs ordinaires d’acheter des fonds indiciels. Dans sa lettre aux actionnaires de 2016, il affirmait n’avoir repéré qu’une dizaine de professionnels qui, selon lui, battraient le marché à long terme. Sa conclusion : les grands comme les petits investisseurs devraient s’en tenir aux fonds indiciels à faible coût.
En résumé : Impossible d’imiter les choix de titres de Buffett, mais vous pouvez copier son horizon de placement.
Celui-là a l’air d’une bénédiction, et votre matante vous en a sûrement rebattu les oreilles à chaque réveillon : épargnez fort, investissez tôt et laissez l’intérêt composé faire sa magie. Et il y a du vrai là-dedans : plus votre argent reste investi longtemps, plus il peut croître.
Malheureusement, c’est plus facile à dire qu’à faire. La plupart des gens gagnent moins en début de carrière et voient leur revenu augmenter avec le temps. Un montant supplémentaire de 5 000 $ à 25 ans peut se traduire par un quartier plus sûr, une meilleure formation, un char qui démarre en janvier ou un voyage inoubliable. Dépensé à 45 ans, le même montant, même après 20 ans de croissance, améliore beaucoup moins votre qualité de vie. Épargner jusqu’au dernier sou quand on est jeune, c’est prendre à son moi moins fortuné pour donner à son moi futur, mieux nanti.
Les économistes appellent l’autre approche le lissage de la consommation, une idée centrale du modèle du cycle de vie : viser un niveau de vie stable tout au long de sa vie. En pratique, cela signifie épargner ce que vous pouvez raisonnablement au début, puis augmenter votre taux d’épargne à mesure que votre revenu progresse.
La malédiction peut même vous suivre à la retraite. Dan le constate régulièrement : des clients dont la retraite est financée à 150 % et qui n’arrivent toujours pas à dépenser. Même James Parkyn, cofondateur de PWL et épargnant assidu dans sa jeunesse, admet qu’il aurait aimé voyager davantage dans la vingtaine.
En résumé : L’argent n’est pas la seule chose qui fructifie avec le temps. Les compétences, la santé, les expériences aussi.
Certaines peurs vous protègent. Celle-ci va trop loin.
Le fond de vérité : les dettes peuvent être dangereuses, et ne rien devoir à personne, c’est merveilleux. Rembourser vos cartes de crédit ou la marge de crédit hypothécaire qui ne cesse de gonfler pour alimenter votre tapis roulant hédonique est presque toujours un bon conseil.
Mais toutes les dettes ne se valent pas. Un prêt étudiant qui augmente votre potentiel de revenu est un investissement dans votre capital humain, et un prêt hypothécaire raisonnable sur une maison familiale peut être une excellente décision financière. D’ailleurs, être propriétaire sans hypothèque est la façon la moins risquée de se loger, mais aussi la plus coûteuse, puisque l’avoir immobilisé dans votre maison pourrait rapporter ailleurs.
Cela dit, s’ils devaient choisir un extrême, Ben et Dan opteraient tous deux pour « toutes les dettes sont mauvaises ». Dan affirme n’avoir jamais vu un seul client regretter d’avoir remboursé son prêt hypothécaire sans réemprunter. Jamais. Et selon Ben, le mythe pourrait bien s’avérer un meilleur conseil que la solution optimale.
En résumé : Ce qui se cache sous le lit n’est pas toujours un monstre.
Chacun de ces mythes part d’un fond de vérité. Le loyer sort bel et bien de votre compte chaque mois. L’or a conservé sa valeur au fil des siècles. Les obligations sont moins volatiles que les actions. L’oracle d’Omaha a réellement battu le marché. Les dettes peuvent être dangereuses. Le mythe naît quand on étire cette vérité jusqu’à en faire une règle.
Pour tenir ces monstres à distance, prenez du recul et regardez l’ensemble du portrait : ce que coûte chaque choix, ce contre quoi il vous protège et comment il s’inscrit dans votre propre situation.
Envie d’en savoir plus? Regardez la vidéo de Ben Felix sur les plus grands mythes en finances personnelles ou écoutez la discussion de Ben et Dan dans l’épisode no 423 du balado Rational Reminder, tous deux en anglais. Si l’un de ces mythes hante vos finances ou vos rêves, commencez par une conversation avec un conseiller de PWL.